Retours sur l’Exposition coloniale internationale

Retours sur l’Exposition coloniale internationale

Il fut un temps, proche encore, où triomphait avec globalement bonne conscience l’impérialisme. Pendant l’entre-deux guerre, la troisième République était notamment célébrée en tant qu’œuvre civilisatrice. La guerre aurait pointé du doigt l’importance de constituer un vaste empire. Ainsi, les fêtes du Centenaire de l’Algérie et celles de l’Exposition coloniale de Paris manifestent cette verve colonisatrice. Qu’est-ce qui fait que l’événement n’ait cependant pas été réitéré ?

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L’exposition coloniale s’est tenue à Paris du 6 mai 1931 au 15 novembre 1931 à la Porte Dorée, sur le site du bois de Vincennes.

© Jean-Pierre Dalbéra, Détail du plan de G.Goor de l’Exposition coloniale de 1931

L’exposition coloniale internationale “préméditée”

Dès 1867, l’observatoire météorologique du parc Montsouris constituait le pavillon de la Tunisie de l’Exposition universelle, alors que la Tunisie était pourtant un Etat indépendant. Ce n’est qu’à partir de 1889, que les colonies ont le droit à une place étendue au sein d’expositions nationales ou internationales universelles. Ainsi en 1894, est organisée à Lyon une foire privée dénommée “Exposition universelle, internationale et coloniale”. En 1900, l’œuvre coloniale prend place dans les jardins du Trocadéro et les citoyens des colonies sont exhibés sans complexe aux yeux des visiteurs. A partir de cette date, toutes les expositions universelles réservent une place aux colonies françaises en parallèle des expositions coloniales organisées localement, à Lyon et à Rouen,

Le projet d’une exposition strictement coloniale, nationale et internationale, fondée sur les thèmes impérialistes et utilitaristes naît en 1913. Il est concrétisé par une loi du 7 mars 1920. Le but est de présenter les produits et les réalisations de l’ensemble des colonies et des dépendances d’outre-mer, mais également des grandes puissances coloniales autres que la France, par exemple le Royaume-Uni. En 1925, Paris est choisi pour accueillir l’événement. La pose de la première pierre du Musée de la Porte Dorée a lieu en 1928 est l’exposition est finalement inaugurée le 6 mai 1931 par le président de la République. Elle se tient jusqu’au 15 novembre 1931. 

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Affiche présentant les Achantis au jardin zoologique d’acclimatation en 1887.

© Alfred Choubrac, Zoo humain, XIXe siècle, affiche, lithographie en couleur

“Ne visitez pas l’exposition coloniale” : une position minoritaire

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Ci-dessus les pirogues malgaches sur le lac Daumesnil à l’Exposition Coloniale de Paris en 1931.

© Anonyme, Les pirogues magache sur le lac Daumesnil, 1931, photo

Face à la mobilisation du parti colonial, les anticolonialistes décident d’intensifier leur action et de lancer une grande campagne d’agitation contre “l’Exposition internationale de l’Impérialisme”. La ligue français contre l’impérialisme et l’oppression coloniale monte alors un exposition, baptisée “La vérité sur les colonies”. Les écrivains Louis Aragon (1897 – 1982) et Paul Eluard (1895 – 1952) y participent notamment. Dans diverses villes françaises des comités de lutte contre l’Exposition coloniale agissent également, notamment en distribuant des tracts. Le Secours rouge international présente des brochures intitulées “Le véritable Guide de l’Exposition coloniale”. Aux appréhensions s’ajoutent les critiques après sa tenue, notamment on les retrouve dans les tracts de 1937 distribués par les surréalistes qui dissuadent de se rendre à l’événement : “Ne visitez pas l’exposition coloniale”.

Le résultat : une quasi-neutralité

Selon les rapports des organisateurs, l’exposition se serait déroulée sur 193 jours et aurait compté environ 33,5 millions d’entrées et 8 millions de visiteurs. Le bilan moral de l’Exposition est difficile à établir. Les écrivains donnent brièvement leurs avis, ne s’avançant pas trop dans la critique. Paul Valéry (1871 – 1945) s’exprime positivement : “l’Exposition magnifiquement organisée avait produit une impression considérable dans le pays”. Léon Blum (1872 – 1950) au contraire explique qu’il aurait voulu “moins de festivités et de discours et plus d’intelligence humaine.” Finalement, l’exposition suscite peu de réactions alors qu’aujourd’hui son importance est magnifiée dans la mémoire collective. Puis progressivement, s’instaure tout le mouvement de la décolonisation et très vite il n’est pas préférable de recommencer une telle exposition, qui a rencontré un succès discutable. Elle n’a pas non plus parlé à la jeunesse à laquelle elle était avant tout destinée…

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Il reste également quelques souvenirs matériels comme cette petite cuillère qui était en vente dans les pavillons pour en mémoire de la visite.

© Clara Polle, Petit cuillère souvenir de l’Exposition coloniale internationale, 2014

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