Mois : août 2022

Zoom sur les passages couverts de Paris

Zoom sur les passages couverts de Paris

Au lendemain du Premier Empire, Paris conserve toutes les caractéristiques d’une ville médiévale. Contrairement à d’autres grandes villes européennes, comme Londres, Paris est dotée de rues étroites et rarement pavées, envahies de détritus et de boue, faute d’égouts. En somme, s’y promener n’est guère plaisant. Si l’on mentionne le plus souvent les travaux Haussmanniens de la seconde moitié du XIXème siècle, des premiers travaux vont permettre aux piétons de devenir roi à Paris. À l’occasion d’une promenade sur place sur les Passages couverts de Paris avec @Daneel Art, on vous raconte leur histoire ici !
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris

Découvrez les passages des Panoramas et Jouffroy avec votre guide ! 

Le nouveau Paris

Avant les fameux aménagements urbains du Baron Haussmann, qui créeront la polémique, la Révolution va permettre une première modernisation de la ville. Alors que les biens des aristocrates et du clergé sont confisqués, de grandes parcelles de terrains se retrouvent disponible à la spéculation financière. Ainsi sous la Restauration surtout, âge d’or de ces spéculations, on voit naitre les passages couverts parisiens. Développés autour des grands boulevards, proches des attractions citadines, les passages permettent aux piétons de relier différents points d’intérêts lors d’une promenade agréable et à l’abris. Surtout, ils deviennent des lieux de vie mondaine grâce à la présence de commerces, restaurants et salons de lecture. Leur architecture très spécifique en fait un lieu propice à la flânerie : grandes verrières qui laissent passer la lumière, grande hauteur sous plafond, décors inspirés de contrées lointaines. Tout est fait pour faire de ces galeries non plus seulement un lieu de passage, mais également un lieu de commerce. Paris comptera jusqu’à une trentaine passages couverts dans les années 1850 et exportera le modèle vers plusieurs autres villes en France puis à l’étranger. Le passage du commerce à Niort sera ainsi le premier passage de ce type ouvert en province, suivi par la galerie Bordelaise.
 

Le plus beau passage couvert : la Galerie Vivienne

La plupart des passages encore visibles aujourd’hui se situent entre le 2ème et le 9ème arrondissement de Paris. Et parmi les plus prestigieux, il nous faut citer la galerie Vivienne. Elle est tout d’abord l’exemple parfait de la frénésie qui règne à l’époque lorsque l’on parle de spéculation. C’est un notaire, monsieur Marchoux, qui décida dans les années 1820 d’investir sa nouvelle fortune dans la construction d’une galerie commerciale prestigieuse. Il fait appel à l’architecte François-Jacques Delannoy, lauréat du prestigieux prix de Rome, pour élaborer les plans du passage. Inaugurée en 1826, la galerie Vivienne rencontre un succès commercial immédiat grâce à ses nombreuses boutiques de luxe (près de 70 !) qui attirent une foule animée. Par ailleurs, sa situation privilégiée sert également de raccourci pour rejoindre le Palais-Royal, foyer de la vie parisienne jusqu’en 1831. Aujourd’hui propriété de l’Institut de France, la galerie Vivienne a retrouvé tout son lustre après avoir été menacée de destruction dans les années 1970. De nombreux appartement et plusieurs boutiques de luxe se dispersent sur une longueur totale de 146 mètres. On peut d’ailleurs encore y voir l’ancienne demeure de Vidocq, célèbre bagnard français devenu chef de la Police, dont on vous raconte les péripéties sur notre compte Instagram.
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris
La luxueuse galerie Vivienne.

Une frénésie sans limite

Inspirés par cette réussite, les promoteurs de la société Adam Cie lancent en 1826 les travaux de construction d’une galerie qui deviendra une grande rivale, la galerie Colbert. En y jetant aujourd’hui un coup d’œil, on voit pourtant qu’elle ne comporte plus aucun commerce. Construite en parallèle de son ainée, les promoteurs de la galerie Colbert misent sur une architecture opulente et créative, dans un style néoclassique. Ainsi, on peut y admirer une magnifique rotonde, surmontée d’une coupole en verre, avec en son centre, la statue d’Eurydice mourante. Pourtant, cette galerie ne rencontrera jamais le succès escompté par ses propriétaires. La présence de la brasserie du Grand Colbert, brasserie parisienne légendaire, ne suffira pas à attirer une clientèle aussi massive qu’à la galerie Vivienne. Malgré un classement à l’inventaire des Monuments historiques en 1974, son délabrement est tel qu’elle ne pourra pas être sauvée. En 1983, la galerie Colbert originelle est démolie pour être reconstruite à l’identique par l’architecte Louis Blanchet. Aujourd’hui tournée vers la culture, elle abrite notamment l’Institut Nationale d’Histoire de l’Art (INHA) et l’Institut National du Patrimoine (INP).
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris
Zoom sur les passages couverts de Paris
En parallèle, la galerie Colbert.

La fin des galeries

A partir de 1831, le roi Louis-Philippe s’installe aux Tuileries. La vie mondaine s’éloigne alors des passages couverts, qui deviennent des lieux propices aux jeux d’argent et la prostitution. Les travaux haussmanniens finiront de déplacer les centres d’animations vers les grands boulevards. Ces travaux de réaménagement urbain qui visent à agrandir les artères parisiennes, vont en effet supprimer une cinquantaine de rues et passages, sans mentionner les plus de 2000 maisons abattues. Si les grands travaux du baron Haussmann marquent donc le début d’un certain déclin, les passages couverts bénéficient aujourd’hui d’un nouvel intérêt des visiteurs pour le Paris d’époque. Leur charme hors du temps ont reconquis le cœur des Parisiens et des touristes, qui se promènent avec plaisir au sein de ces passages, pour beaucoup restaurés.
 
Dix-huit passages couverts nous sont parvenus, paris lesquels le Passage Jouffroy et le Passage des Panoramas, que vous propose de visiter Catherine lors d’une visite virtuelle inédite ! Caméra à la main, elle ne manquera pas de vous compter l’histoire des plus beaux passages couverts de Paris. Vous souhaitez avoir une présentation complète des passages parisiens et découvrir les plus secrets d’entre eux ? Thierry vous propose pour sa part une visioconférence dédiée, à découvrir également sur CulturMoov

Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes

Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes

Nous n’aurions pas assez d’un article de blog pour citer tous les lieux qui ont inspirés les peintres impressionnistes. Monet, Boudin, Pissarro, Sisley et leurs confrères ont parcouru de long en large l’Île-de-France, la vallée de la Seine et les côtes de la Manche. Des régions qui leur offrirent leurs paysages de prédilections : ciels en perpétuel mouvement, lumière qui joue sur l’eau du fleuve ou de la mer, villages au charme bucolique. Un voyage de Paris jusqu’à la mer que vous pouvez vous aussi mener lors d’un futur week-end. Si nous avons déjà mentionné les impressionnistes à Honfleur, nous vous présentons aujourd’hui le Pays des Impressionnistes, un label qui regroupe plusieurs villes des Yvelines. Ces villes qui bordent la Seine ont été plus que de simples étapes dans la vie des peintres : elles ont fait naitre chez eux certaines de leurs plus belles oeuvres. Découvrez avec nous ce musée d’Orsay à ciel ouvert !
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes
Camille Pissarro, La Seine à Bougival (1870).

L'île de la Grenouillère à Croissy-sur-Seine

Dans les Yvelines, on peut arpenter plusieurs circuits pédestres de 3 à 6 km où l’on peut admirer les reproductions d’œuvres placées là où les impressionnistes avaient auparavant planté leur chevalet. Parmi ces circuits, celui de Monet passe par une île qui participa à l’inspiration de certaines oeuvres impressionnistes : l’île de la Grenouillère à Croissy-sur-Seine. Haut lieu du tourisme fluvial à la Belle Epoque, elle accueille aujourd’hui un musée retraçant les heures faste de la région. En effet, la Seine était jadis bordée de cabarets, dont la guinguette La Grenouillère où se retrouvaient vers la fin du XIXème siècle les parisiens et les peintres impressionnistes comme Auguste Renoir. Un lieu unique où il faisait bon vivre.
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes
Auguste Renoir, La Grenouillère (1869).
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes
Claude Monet, La Grenouillère (1869).

Le musée Fournaise à Chatou

Petite commune voisine des bords de Seine, la ville de Chatou connait une forte affluence à partir des années 1860 grâce au développement des lignes de chemin de fer. Là aussi, le Tout-Paris, les écrivains et les artistes venaient se détendre le dimanche sur les berges et les îles. En 1857 le charpentier de bateaux Monsieur Fournaise installe sur l’île de Chatou son atelier de canotage, tandis que sa femme ouvre un restaurant. La Maison Fournaise devient rapidement le lieu de prédilection des peintres impressionnistes, et donnera naissance au célèbre tableau de Renoir, Le déjeuner des canotiers (1881), exposé à Washington ! La maison Fournaise abrite aujourd’hui à nouveau un restaurant et le musée municipal qui conserve des collections sur l’histoire du site et du canotage.
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes

Berthe Morisot, femme-peintre

Parmi les peintres impressionnistes il y avait une femme : Berthe Morisot. Comme ses confrères, elle délaisse le Salon Officiel en 1874 pour rejoindre les indépendants qui deviendront par la suite les impressionnistes. Elle devint ainsi l’une des pionnières du mouvement impressionniste. Elle sera, jusque dans les années 2000, beaucoup plus célèbre à l’étranger qu’en France. Un phénomène que l’on retrouve également chez les premières femmes-peintres dont on vous parlait dans un autre article. Pourtant, ses inspirations sont les mêmes que celles de ses confrères. Elle peint ainsi de nombreuses scènes familiales, un thème cher au mouvement. Alors que ses proches possèdent une maison à Maurecourt, à côté de Conflans-Sainte-Honorine, elle y effectue de nombreux séjours entre 1869 et 1884, et y réalise une quinzaine de toiles, parmi lesquelles La Chasse aux papillons, Le Village de Maurecourt, Dans le jardin de Maurecourt, L’Oise à Maurecourt.
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes
Berthe Morisot, Le Village de Maurecourt (1873).
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes
Berthe Morisot, La Chasse aux Papillons (1874).
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes
Berthe Morisot, Dans le jardin de Maurecourt (1884).
Elle finira par s’installer en 1890 non loin de là, à Mézy, avec son mari Eugène. Dans sa maison qui domine la Seine, elle aménage un atelier dans le grenier. Elle y réalisera pas moins de 52 oeuvres, dont certaines où elle fait poser les enfants du village.
La route des impressionnistes représente un parcours de plus de 300km, qu’il est possible de faire lors d’un road trip, à vélo, ou par étapes. De Paris jusqu’à la Normandie, il vous suffira de suivra la Seine. Et n’oubliez pas de passer par l’Essonne, plus particulièrement à Yerres, le fief de Gustave Caillebotte. Une charmante ville qui vous sera présentée lors de la visite live de Natalina, Yerres sous le pinceau de Caillebotte.
Zoom sur les Yvelines vues par les impressionnistes
La propriété Caillebotte, à Yerres.

Zoom sur le Postimpressionnisme

Zoom sur le Postimpressionnisme

Nous revenons tous les mois avec votre guide Natalina sur la Petite Histoire de l’Art. Lors des deux premiers épisodes, nous nous sommes attardés sur les peintres impressionnistes. En 1886, lors de la huitième et dernière exposition du groupe, Claude Monet et Pierre-Auguste Renoir n’exposent plus avec leurs camarades, et en parallèle, de nouveaux noms apparaissent, notamment ceux de Georges Seurat et Paul Signac. Cette même année, selon les mots du critique d’art Félix Fénéon : avec cette exposition, l’impressionnisme est définitivement mort“. Une nouvelle période artistique prend alors place : zoom sur le postimpressionnisme

Un courant artistique aux multiples représentations

Le postimpressionnisme représente un état d’esprit qui s’empare de l’Europe dans les deux dernières décennies du XIXème siècle, et qui désigne le passage entre la première phase de l’impressionnisme (1870-1884) et les avant-gardes artistiques du XXème siècle. Le terme postimpressionnisme est donc une appellation floue et plurielle, qui englobe des dizaines de courants et de styles : néo-impressionnisme, cloisonnisme et synthétisme, symbolisme, le mouvement nabi, tandis que des artistes comme Vincent Van Gogh ou Henri de Toulouse-Lautrec restent inclassables. Tous ont néanmoins un point commun : dépasser le naturalisme et le réalisme pour donner à leurs peintures des significations plus vastes et plus complexes.
Zoom sur le Postimpressionnisme
Seule (1896) de Henri de Toulouse-Lautrec
Zoom sur le Postimpressionnisme
Au Salon de la Rue des Moulins (1894) de Henri de Toulouse-Lautrec
Zoom sur le Postimpressionnisme
Restaurant de la Sirène à Asnières (1887) de Vincent van Gogh.
Zoom sur le Postimpressionnisme
La chambre à coucher (1888) de Vincent van Gogh.

L’évolution des peintres, de l’impressionnisme vers…

Le pointillisme avec Georges Seurat et Paul Signac

Ils se rencontrent au printemps 1884 et se lient d’amitié très rapidement. Profondément touchés par les impressionnistes, ils expérimentent chacun de nouvelles méthodes, sans résultat. C’est Picasso qui leur ouvre les portes de la 8ème exposition impressionniste en 1886. Seurat et Signac font sensation, et même plus. La technique utilisée pour Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte provoque le scandale. Cette manière de peindre totalement nouvelle affiche des mouvements inédits dans les coups de pinceaux, ceux-ci étant placé de façon beaucoup plus régulière et organisée. On lui donnera le nom de divisionnisme, ou pointillisme, car le peintre divise la touche picturale et créé sur toile un réseau de petits points colorés. Un mouvement qui s’oppose à l’impressionnisme, qui demande lui beaucoup plus de spontanéité dans la construction du tableau.
 
Zoom sur le Postimpressionnisme
Portrait de Félix Fénéon de Paul Signac (1890).

Le mouvement nabi

Le terme nabi, qui signifie « prophète » en hébreu, fait référence à un groupe d’artiste se réunissant sous un nouvel esthétique. Ils se retrouvent dans leur atelier parisien baptisé le Temple. C’est une œuvre de Paul Sérusier, Le Talisman, qui va lancer de nombreux artiste dans une nouvelle recherche artistique autour du réalisme, dont ils se détachent peu à peu. Chacun se forgera un style propre, mais dont on retrouve des techniques communes : l’utilisation des formes simples, l’abandon de la perspective traditionnelle, et la recherche d’un effet décoratif. Maurice Denis explique l’essence de leur recherche de la manière suivante : Un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.” Les principes énoncés par les nabis se développent à la fois dans la peinture, l’illustration, le vitrail, la tapisserie ou encore les décors de théâtres.
Zoom sur le Postimpressionnisme
Paul Sérusier, Le Talisman (1888).

L’inclassable : Paul Cézanne

Issu du mouvement impressionniste plus tardif, Paul Cézanne continue d’explorer le domaine artistique et cherche à dépasser la simple retranscription des sensations. Il simplifie et géométrise les éléments. Une modernité dont on voit l’évolution sur ce qui doit être sa série la plus connue : La Montagne Saint-Victoire. Peinte prêt de 80 fois, ce motif représente également l’homme derrière le peintre, qui aura vécu quasiment toute sa vie à Aix-en-Provence. Il dira de son travail J’en reviens toujours à ceci : le peintre doit se consacrer entièrement à l’étude de la nature, et tâcher de produire des tableaux qui soient un enseignement.” Ainsi, sa montagne évolue vers un motif de moins en moins réaliste, cherchant à retranscrire le plus fidèlement possible les émotions que le paysage suscite. Parmi les autres figures solitaires et atypique du postimpressionnisme, on mentionnera Paul Gauguin

Zoom sur le Postimpressionnisme

La Montagne Saint-Victoire de Paul Cézanne, entre 1887 et 1906.

Zoom sur le Marais juif à Paris

Zoom sur le Marais juif à Paris

Nous avons plusieurs fois parlé de l’incroyable richesse culturelle du Marais et de ses monuments historiques. Certains encore visibles, comme l’Hôtel de Sully, d’autres aujourd’hui disparus, comme la prison du Temple, sont les témoins des derniers instants de la monarchie. Au-delà d’être un quartier privilégié par l’aristocratie, le Marais a continué d’attirer différentes communautés. On vous propose donc un zoom sur le Marais juif en attendant la prochaine visite guidée CulturMoov, qui vous permettra de découvrir rues, façades, jardins, synagogues, écoles juives ou ancien hammam, tous porteurs de l’âme, des rituels et des traditions du quartier.
 

Le Pletzl

L’histoire des juifs en France remonte au 1er siècle après J-C, ce qui en fait l’une des plus anciennes présences juives d’Europe Occidentale. Très tôt, ils prennent l’habitude de se regrouper par quartier, afin de conserver leurs traditions plus facilement. Dans le Marais, le Pletzl (ce qui signifie « petite place ») est le quartier juif le plus célèbre de la capitale, datant du XIIIème siècle. S’étendant de part et d’autre de la place Saint Paul, il ne reste aujourd’hui que quelques rues vestiges de son développement. Pourtant, le Pletzl connu une forte animation entre la fin du XIXème siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, accueillant des dizaines de milliers de juifs ashkénazes d’Europe de l’Est fuyants pogroms et persécutions. Il reste un quartier typique, dont de nombreux bâtiments nous plongent dans la culture des communautés juives.
zoom_sur_le_marais_juif_La célèbre rue des Rosiers

La célèbre rue des Rosiers. 

Religion

La synagogue de la rue Pavée vous surprendra par son architecture que certains s’amusaient à appeler « style nouille ». Ce surprenant édifice Art nouveau réalisé en 1913 a en fait été dessiné par Hector Guimard, le créateur des célèbres bouches du métro parisien. Elle dénote par sa structure, toute en hauteur et très étroite, contrainte par le peu de surface dont disposait l’architecte. Elle fut la cible en 1941, comme d’autres édifices religieux juifs, d’attentats menés par des collaborateurs à l’occupant nazi, antisémite. Une autre synagogue tout autant surprenante par son architecture est celle de la rue des Tournelles, à côté de la Place des Vosges. En effet, elle est l’exemple de l’usage du métal dans les nouvelles constructions, bénéficiant du savoir-faire de l’ingénieur Gustave Eiffel. Si certaines des synagogues juives sont ouvertes au public, d’autres sont plus difficiles d’accès. On vous conseille de vous intéresser à la programmation des Journées Européennes du Patrimoine si vous souhaitez pousser les portes de ces lieux de culte.
 
À l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2022, retrouvez également les visites guidées exclusives sur Paris et Bordeaux proposées par CulturMoov
 
zoom_sur_le_marais_juif_La synagogue de la rue Pavée
La synagogue de la rue Pavée. 
zoom_sur_le_marais_juif_La synagogue de la rue des Tournelles
La synagogue de la rue des Tournelles. 

Gastronomie

Comment ne pas mentionner les spécialités culinaires lorsque l’on parle du Marais juif ? Pour tous les gourmands, de nombreuses adresses ont vu les générations se succéder pour perpétuer ce savoir-faire. La rue des Rosiers concentre à elle seule une bonne partie des restaurants et boulangeries les plus réputés encore ouverts. Au numéro 27, la Boutique Jaune, reprise depuis 1946 par la famille Finkelsztajn, mais établie depuis 1865, vous propose des spécialités yiddish d’Europe de l’est comme la Vatrouchka russe au fromage blanc ou le Apfel Strudel viennois. Il serait également impensable de ne pas tester les falafels, ces boulettes de pois chiches mélangés à diverses épices, et disposés avec des légumes dans de moelleux pains pita.
zoom_sur_le_marais_juif_
La Boutique Jaune en 1895. 
zoom_sur_le_marais_juif_
La Boutique Jaune aujourd’hui. 
zoom_sur_le_marais_juif_

L’intérieur de la boulangerie du 16 rue des Rosiers.

Culture

L’offre culturelle dans le Marais n’est pas en reste, loin de là. Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme, ouvert depuis 1998, est l’héritier des collections du musée d’Art juif de la rue des Saules, créé en 1948 par des survivants de la Shoah. Ce musée de France, fort de près de 12000 œuvres et de très nombreux fonds d’archives, présente l’histoire des communautés juives de France. Il est situé dans l’Hôtel Saint-Aignan, un hôtel particulier conservé grâce à la loi Malraux de préservation et de mise en valeur de 1962, et qui fait du Marais le premier quartier sauvegardé de Paris.
zoom_sur_le_marais_juif_
La cour d’honneur de l’Hôtel Saint Aignan. 
zoom_sur_le_marais_juif_

La statue de Dreyfus qui y a été inaugurée. 

Pour aller plus loin et passer les frontières de la capitale, le premier musée permanent consacré à l’affaire Dreyfus ouvrira ses portes dans la maison Zola, à Médan. « Zola et Dreyfus, liés de leur vivant par une lutte sans concession pour la vérité et la justice, sont désormais célébrés, ensemble, dans ce lieu symbolique du croisement de leurs destins et des valeurs pour lesquelles ils se sont tant battus. » Le but du musée Dreyfus sera de traiter de l’affaire certes, mais également de l’inclure dans les enjeux contemporains liés au fonctionnement de la justice, à l’antisémitisme ainsi qu’au rôle des médias et des réseaux sociaux.

La maison Zola à Médan.

Le mythe d’Apollon et Marsyas

Le mythe d’Apollon et Marsyas

Vous avez peut-être lu l’article de CulturMoov traitant du cœur de la mythologie grecque ? Aujourd’hui, nous vous proposons d’en apprendre un peu plus sur le mythe d’Apollon et Marsyas ! Prêts ? 

Le mythe d’Apollon et Marsyas

Ce tableau est une peinture d’Apollon et de Marsyas pendant leur compétition peinte par Le Tintoret (1518 ? – 1594). Les deux musiciens se situent sur la gauche du tableau, Apollon positionné contre un arbre devant le le phrygien.

© Le Tintoret, Le concours entre Apollon et Marsyas, 1544 – 1545, huile sur toile, Museum of Art, Hartford, Connecticut

L’histoire de la naissance de la culture avec Dédale ainsi que sa difficile transmission au prisme du personnage d’Icare qui se brûle les ailes à vouloir voler trop près du soleil est essentielle pour comprendre l’iconographie. Voici désormais le joug entre un mortel et un dieu de l’Olympe qui se battent à coup de musique, drôle d’instrument !

Le mythe d’Apollon et Marsyas ? un concours tendu pour un mortel

Apollon, dieu de la musique, reçoit sa lyre (cithare) d’Hermès. Marsyas, satyre phrygien, est connu en Phrygie pour avoir inventé la musique. Il aurait obtenu par hasard une flûte (aulos), abandonnée par la déesse Athéna. Marsyas admet être capable de produire avec son instrument une musique égale ou supérieure à celle d’Apollon. Le défi est lancé : un concours de musique a lieu. Il est décidé que le vainqueur pourra disposer de l’autre comme il le voudra.

Le Parnasse ou Mars et Vénus, et un tableau datant de 1497 du peintre, conservé au Musée du Louvre à Paris. Le terme mythologique du Parnasse renvoie au lieu des amours adultères de Mars (dieu de la guerre) et de Vénus (déesse de l’amour) dans Les Métamorphoses d’Ovide (Livre 4). Au registre inférieur du tableau, les neuf Muses dansent sur un air joué par Apollon : cette scène représente l’épanouissement des arts.

© Mantegna, Le Parnasse, 1947, Musée du Louvre

Le mythe d’Apollon et Marsyas

Marsyas trouve la flûte, qu’Athéna avait volontairement abandonnée, vexée par les commentaires des autres divinités qui l’avaient entendue jouer de l’instrument.

© A legfontosabb ókori hangszerek

La punition du comportement orgueilleux

Le jury diffère en fonction de la version de l’histoire, il pourrait être constitué de Midas, roi de Phrygie ou des neuf Muses (Calliope, Clio, Erato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie et Uranie). Dans toutes les versions, Apollon gagne le concours. Apollon aurait interpellé Marsyas, le défiant de chanter en jouant de la flûte, comme lui chantait en accompagnant sa cithare. Or, impossible de relever le défi avec une flûte : le phrygien est vaincu. Il paie finalement son orgueil et sa démesure en étant épinglé à un arbre et écorché vif par Apollon. Les larmes de ses amis, Nymphes et Satyres, qui le pleurent, auraient formé le fleuve Marsyas

Titien aurait peint Le supplice de Marsyas entre 1550 et 1576. Cette huile sur toile est conservée en République Tchèque. Elle représente la fustigation de Marsyas après qu’Apollon est vaincu leur duel.

© Titien, Le supplice de Marsyas, 1550 – 1576, huile sur toile, musée épiscopal de Kromeriz, République Tchèque

Une supériorité fatale dans les arts ?

Le mythe d’Apollon et Marsyas

A la villa Torlonia à Rome, construite au XIXe siècle, dans la salle d’Alexandre du Casino Nobile se trouvent une statue d’Apollon encadrée de la représentation de deux des neuf muses.

© Jean-Pierre Dalbéra, photographie, villa Torlonia, Rome

A partir de la Renaissance, il y a une relecture massive des textes de l’Antiquité et notamment du texte des Métamorphoses d’Ovide, qui contient le mythe de Marsyas et d’Apollon. Les artistes choisissent pour représenter ce mythe le moment de l’écorchement du satyre. Cet épisode peut être choisi pour sa valeur morale, notamment en lien avec la Contre-Réforme : la vérité triompherait sur l’erreur de celui qui s’est cru un temps égal ou supérieur aux dieux. Transposée à la religion monothéiste, il y a l’idée qu’on ne peut se confronter à Dieu. Cela peut renvoyer au mythe du génie créateur en arts, avec lequel il est impossible de rivaliser : on peut se rappeler l’anecdote concernant Giotto (1266 – 1337), racontée dans Les Vies de Vasari (1551 – 1574), un des premiers biographes. Cimabue (1240 – 1302) l’aurait rencontré, enfant, qui dessinait ses brebis d’un tel réalisme qu’il l’aurait immédiatement engagé dans son atelier. Au contraire, certains auteurs expliquent que les artistes reconnus peuvent certes avoir des dispositions mais que leur popularité se construit en fonction du contexte dans lequel ils évoluent et des déterminismes

Pour en savoir plus

La Bibliothèque Nationale de France à livre ouvert

La Bibliothèque Nationale de France à livre ouvert

La Bibliothèque nationale de France est un grand projet de François Mitterrand, pensé par l’architecte Dominique Perrault. Un bâtiment emblématique qui stocke près de 15 millions d’ouvrages, construit sur sept ans. L’idée est que la bibliothèque soit proche du quartier latin.

bibliotheque_nationale_de_france

La BnF est inaugurée le 30 mars 1995 par le président de la République, François Mitterrand, qui l’avait commandée.

© Olivier Ffrench, La bibliothèque nationale de France, 2003

Une gigantesque bibliothèque remporte le concours

Un concours est lancé entre vingt architectes désignés pour réhabiliter une ancienne friche industrielle de sept hectares ½ dans le 13ème arrondissement sur décisions de Jacques Chirac alors maire de la ville. L’idée est de rééquilibrer Paris entre l’Est et l’Ouest, plus industriel, en proposant un lieu qui permet l’accès à toutes les données du savoir, dans toutes les disciplines : une nouvelle bibliothèque qui fera près de trois fois la taille du centre Georges Pompidou.

bibliotheque_nationale_de_france

Dominique Perrault est le vainqueur du concours. Il doit d’abord adapter son projet à la multiplication des livres et gérer ceux qui s’érigent contre la construction des quatre tours.

© Anonyme, Dominique Perrault, 2009

Un bâtiment aéré, accueillant tout un écosystème

bibliotheque_nationale_de_france

Les personnes peuvent s’asseoir sur l’esplanade.

© savagecat, La grande terrasse en bois de la Bibliothèque nationale de France, site Tolbiac, 2008

L’idée principale est de faire disparaître le volume de ce bâtiment. Est laissée libre une esplanade publique entre les quatre tours. C’est à près de dix mètres en dessous du niveau de la Seine que s’ancre l’édifice. Le jardin est composé d’environ 270 pins. L’architecte Labrouste avait commandé des peintures de nature dans la Bibliothèque Nationale Richelieu, émanation du roi. Dominique Perrault souhaite recréer une relation avec la nature vivante qui se développe de façon libre. 

bibliotheque_nationale_de_france

Sa situation, le respect de son environnement et la fermeture du jardin au public permet de constituer une faune et une flore unique à Paris.

© ActuaLitté, Le jardin-forêt du site François-Mitterrand, 2011

 

Le plafond de la salle de lecture construite par Henri Labrouste confère à la pièce un caractère calme et clair dû aux peintures paysagères de Desgoffe situées dans la partie supérieure des arcs latéraux.

© Mossot, Bibliothèque nationale de France, Site Richelieu, salle Labrouste, 2016

La répartition de la face construite entre souterrain et hauteur

bibliotheque_nationale_de_france

Le site François Mitterrand est composé de deux bibliothèques dont une est réservée aux chercheurs. Des espaces en dehors des salles de lecture sont en accès libre.

© Paulparis2010, Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, Hall Est, 2010

Les tours sont la partie émergée de l’édifice et se présentent comme quatre livres ouverts. Ces tours sont réservées au personnel de la bibliothèque. En dessous, il y a trois niveaux qui s’organisent par rapport à la structure des arbres. Il y a d’abord l’esplanade publique puis l’accès aux services proposés gratuitement et aux salles de bibliothèques dans le feuillage des arbres. Au rez-de-jardin, les racines du savoir, accès réservé aux chercheurs. Le but étant qu’à fonds unique, les chercheurs soient dans les meilleures conditions.

Retours sur l’Exposition coloniale internationale

Retours sur l’Exposition coloniale internationale

Il fut un temps, proche encore, où triomphait avec globalement bonne conscience l’impérialisme. Pendant l’entre-deux guerre, la troisième République était notamment célébrée en tant qu’œuvre civilisatrice. La guerre aurait pointé du doigt l’importance de constituer un vaste empire. Ainsi, les fêtes du Centenaire de l’Algérie et celles de l’Exposition coloniale de Paris manifestent cette verve colonisatrice. Qu’est-ce qui fait que l’événement n’ait cependant pas été réitéré ?

exposition_coloniale_internationale

L’exposition coloniale s’est tenue à Paris du 6 mai 1931 au 15 novembre 1931 à la Porte Dorée, sur le site du bois de Vincennes.

© Jean-Pierre Dalbéra, Détail du plan de G.Goor de l’Exposition coloniale de 1931

L’exposition coloniale internationale “préméditée”

Dès 1867, l’observatoire météorologique du parc Montsouris constituait le pavillon de la Tunisie de l’Exposition universelle, alors que la Tunisie était pourtant un Etat indépendant. Ce n’est qu’à partir de 1889, que les colonies ont le droit à une place étendue au sein d’expositions nationales ou internationales universelles. Ainsi en 1894, est organisée à Lyon une foire privée dénommée “Exposition universelle, internationale et coloniale”. En 1900, l’œuvre coloniale prend place dans les jardins du Trocadéro et les citoyens des colonies sont exhibés sans complexe aux yeux des visiteurs. A partir de cette date, toutes les expositions universelles réservent une place aux colonies françaises en parallèle des expositions coloniales organisées localement, à Lyon et à Rouen,

Le projet d’une exposition strictement coloniale, nationale et internationale, fondée sur les thèmes impérialistes et utilitaristes naît en 1913. Il est concrétisé par une loi du 7 mars 1920. Le but est de présenter les produits et les réalisations de l’ensemble des colonies et des dépendances d’outre-mer, mais également des grandes puissances coloniales autres que la France, par exemple le Royaume-Uni. En 1925, Paris est choisi pour accueillir l’événement. La pose de la première pierre du Musée de la Porte Dorée a lieu en 1928 est l’exposition est finalement inaugurée le 6 mai 1931 par le président de la République. Elle se tient jusqu’au 15 novembre 1931. 

exposition_coloniale_internationale

Affiche présentant les Achantis au jardin zoologique d’acclimatation en 1887.

© Alfred Choubrac, Zoo humain, XIXe siècle, affiche, lithographie en couleur

“Ne visitez pas l’exposition coloniale” : une position minoritaire

exposition_coloniale_internationale

Ci-dessus les pirogues malgaches sur le lac Daumesnil à l’Exposition Coloniale de Paris en 1931.

© Anonyme, Les pirogues magache sur le lac Daumesnil, 1931, photo

Face à la mobilisation du parti colonial, les anticolonialistes décident d’intensifier leur action et de lancer une grande campagne d’agitation contre “l’Exposition internationale de l’Impérialisme”. La ligue français contre l’impérialisme et l’oppression coloniale monte alors un exposition, baptisée “La vérité sur les colonies”. Les écrivains Louis Aragon (1897 – 1982) et Paul Eluard (1895 – 1952) y participent notamment. Dans diverses villes françaises des comités de lutte contre l’Exposition coloniale agissent également, notamment en distribuant des tracts. Le Secours rouge international présente des brochures intitulées “Le véritable Guide de l’Exposition coloniale”. Aux appréhensions s’ajoutent les critiques après sa tenue, notamment on les retrouve dans les tracts de 1937 distribués par les surréalistes qui dissuadent de se rendre à l’événement : “Ne visitez pas l’exposition coloniale”.

Le résultat : une quasi-neutralité

Selon les rapports des organisateurs, l’exposition se serait déroulée sur 193 jours et aurait compté environ 33,5 millions d’entrées et 8 millions de visiteurs. Le bilan moral de l’Exposition est difficile à établir. Les écrivains donnent brièvement leurs avis, ne s’avançant pas trop dans la critique. Paul Valéry (1871 – 1945) s’exprime positivement : “l’Exposition magnifiquement organisée avait produit une impression considérable dans le pays”. Léon Blum (1872 – 1950) au contraire explique qu’il aurait voulu “moins de festivités et de discours et plus d’intelligence humaine.” Finalement, l’exposition suscite peu de réactions alors qu’aujourd’hui son importance est magnifiée dans la mémoire collective. Puis progressivement, s’instaure tout le mouvement de la décolonisation et très vite il n’est pas préférable de recommencer une telle exposition, qui a rencontré un succès discutable. Elle n’a pas non plus parlé à la jeunesse à laquelle elle était avant tout destinée…

exposition_coloniale_internationale

Il reste également quelques souvenirs matériels comme cette petite cuillère qui était en vente dans les pavillons pour en mémoire de la visite.

© Clara Polle, Petit cuillère souvenir de l’Exposition coloniale internationale, 2014

Scroll to top